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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:21

Savoureux.

Eric Zemmour, pyromane en liberté

Éric ZemmourLe journaliste et écrivain, chroniqueur de notre mensuel “le Spectacle du monde”, livre dans “le Bûcher des vaniteux” son journal incorrect de l’année écoulée.

 

Eric Zemmour est insatiable. Cinq années durant, il aura terrorisé la nomenklatura des plateaux télévisés, pourchassant les mots et les maux du politiquement correct, dans l’émission de Laurent Ruquier. Au fil de ses douze livres, il aura déconstruit, désossé, sabordé la pensée unique et combattu les ressorts du conformisme intellectuel. En peu de temps, il aura envahi l’espace médiatique, sur RTL, iTélé, Paris Première, M6, France 2, le Figaro Magazine, le Spectacle du monde… Zemmour analyse, Zemmour invective, Zemmour combat, Zemmour convainc, Zemmour énerve et, enfin, Zemmour jubile. Car l’année 2011 aura été, pour lui, le délicieux spectacle de la chute des idoles que tous ont adorées, et qu’il a toujours – farouchement – combattues.

 

Les voilà, ces torches humaines, ces vaniteux qu’il a pris tant de plaisir à voir s’enflammer : ce sont DSK et les dictateurs arabes, balayés comme des poussières par le souffle ironique de l’Histoire. Mais leur embrasement ne suffit pas au bonheur du Zemmour. Ce qu’il préfère, ce sont les vaniteux de seconde zone, consommateurs en masse du prêt-à-penser, qui prédisaient l’arrivée triomphale de la démocratie en Tunisie, en Égypte et en Libye. Et qui ont vu surgir des urnes la charia, rebaptisée “islam modéré”. Depuis le studio de RTL où il campe du lundi au vendredi à 7 h 15, rue Bayard, Zemmour se gausse à leur vue. « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences dont ils chérissent les causes », pense-t-il après Bossuet en son for intérieur.

 

Il livre ici un an de chroniques, ou du moins une sélection, qu’il complète en sacrifiant à la mode du moment par une série de portraits de candidat, axés sur leur psychologie plus que sur leurs confidences. Les thèmes chers à l’impertinent sont là, bien présents : l’assimilation, la critique – globale – de la mondialisation, englobant l’aspect financier et l’immigration… Zemmour prend l’actualité, la pétrit pour l’encastrer dans le moule de sa pensée. Ce pourrait être un reproche, si cela ne fonctionnait à merveille : quand Zemmour évite de prendre part à l’euphorie collective, c’est pour paraître moins ridicule quand la réalité en révèle les failles.

 

Puis vient le procès. Le temps où tout s’arrête, et où l’effroyable machine dont il a tant démonté les mécanismes, décortiqué les rouages, la pensée unique, lui adresse un magnifique pied de nez. « Tu es allé trop loin », lui dit-elle. Le nouvel ordre moral est en marche. Il doit se taire. Un temps. Éric Zemmour a confié à Valeurs actuelles son sentiment sur le procès : « Ce fut une période très difficile, que je ne souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi. Ceux qui m’ont attaqué n’ont pas voulu me combattre, ni combattre mes thèses, mais me réduire au silence. Me priver de mes tribunes. » Quand il évoque cet épisode, sa voix se fait plus calme. L’énergumène, par ailleurs si sympathique, n’a plus envie de rire. « Mais les gens m’ont sauvé. Ils ont écrit, téléphoné, et mes employeurs ont tenu bon. » On se demande pourquoi, malgré l’avertissement, Zemmour ne s’est pas tu. Un on-ne-sait-quoi le galvanise. Il philosophe, citant René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »

 

On peut crier au gâchis quand un écrivain, fin lettré, amoureux de Balzac et de ses Illusions perdues, livre son bloc-notes quotidien à l’oral. Il s’affranchit pourtant allégrement des règles d’usage : là où la radio impose une frustrante uniformité, lui transgresse et parle comme il écrit. Zemmour avoue s’inspirer de Mauriac. Pour le plaisir de son auditoire. Voilà un homme en liberté. Surveillée. Mais celui qu’on a aimé détester est devenu celui qu’on se surprend à aimer, et qu’on a détesté voir condamné. Il avoue avoir pris un certain plaisir à craquer, lui aussi, sa petite allumette dans “le bûcher des vaniteux”. Il avoue se savoir en sursis. Mais, près du feu, il jette joyeusement du bois mort et fait crépiter les flammes. Zemmour jubile. Geoffroy Lejeune

 

Le Bûcher des vaniteux, d’Éric Zemmour, Albin Michel, 350 pages, 17 €.

 

 

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Photo © Patrick Iafrate

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