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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 00:18

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

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juin 11, 2013

Raymond Aron dans ses Mémoires parlait de « grand dessein du général ».  La diplomatie gaullienne,  dans un monde qui à l’époque est la proie des idéologies adverses, de l’affrontement Est/Ouest, use de la puissance évocatrice du symbole.

Et d’abord, ce grand dessein vient en opposition avec la diplomatie de la IVème République, dont la critique sans appel il y a plus d’un demi-siècle, pourrait étrangement être reprise aujourd’hui à l’encontre des derniers gouvernements de la France depuis 20 ans au moins. Je vous en laisse juge :

« Faute du ressort, grâce auquel nous nous tenions debout, c’est à satisfaire les autres qu’en somme s’employait le régime. Bien entendu, il trouvait, pour couvrir cet effacement, les idéologies voulues : l’Une, au nom de l’Unité de l’Europe, liquidant les avantages qui nous avait valu la victoire ; l’autre, sous prétexte de solidarité atlantique, soumettant la France à l’hégémonie des Anglo-saxons ».

Jugement vous l’avouerez visionnaire : Au nom de l’Unité européenne, nous aboutirons à la guerre en ex-Yougoslavie. Sous prétexte de solidarité atlantique, la France est elle intervenue en Afghanistan, en Irak, en Lybie et demain peut-être en Syrie.

Alors cette Europe de l’Atlantique à l’Oural, elle est, reconnaissons le, bien compromise et aujourd’hui à l’état de vestiges. C’est le sens d’un petit poème en prose du dessinateur David Miège, composé pour son ouvrage « l’Europe vagabonde », que je ne saurais trop vous conseiller et dont je vous fais lecture.

  Vestiges :

« Je suis l’enfant des vestiges de l’Europe. J’arpente un continent qui n’est plus qu’un musée. Ma vieille Europe prend désormais ses ordres à Washington depuis qu’elle s’est suicidée dans un siècle sanglant. Mon Europe n’est plus galante, qui se rêvait aventureuse, conquérante, éprise de grandes épopées. Cette Europe est morte, enterrée à Sarajevo… remplacée par des boutiquiers, des technocrates, des spéculateurs tous unis pour décorer en grisaille nos quotidiens. Elle n’est que l’ombre d’elle-même. Spectre cosmopolite sans visage, sans identité. Mon Europe se conjugue au passé dans des souvenirs qui se dissipent peu à peu dans le brouhaha de glaciales métropoles. Notre futur est incertain, mais qu’importe puisque résignés, nous savons que nous n’en serons pas. ».

Sommes nous pour autant condamnés à la mélancolie ? Bien sûr que non ! Et c’est ce que nous dit Charles de Gaulle dans ses mémoires d’Espoir lorsqu’il parle de ce vaste champ de l’Europe :

« Pour moi, j’ai de tous temps, mais aujourd’hui plus que jamais, ressenti ce qu’ont en commun les nations qui peuplent l’Europe. Toutes étant de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre, liées entre elles depuis toujours par d’innombrables relations de pensée, d’art, de science, de politique, de commerce, il est conforme à leur nature qu’elles en viennent à former un tout, ayant au milieu du monde son caractère et son organisation. C’est en vertu de cette destination de l’Europe qu’y régnèrent les Empereurs romains, que Charlemagne, Charles Quint, Napoléon tentèrent de la rassembler, qu’Hitler prétendit lui imposer son écrasante domination. Comment, pourtant, ne pas observer qu’aucun de ses fédérateurs n’obtint des pays soumis qu’ils renoncent à être eux-mêmes ? Au contraire, l’arbitraire centralisation provoqua toujours, par choc en retour, la virulence des nationalités. Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. Or, tout y pousse en notre temps d’échange massif, d’entreprises communes, de science, de technique sans frontières, de communications rapides, d’échanges multipliés. Ma politique vise donc à l’institution du concert des Etats européens,, afin qu’en développant entre eux des liens de toutes sortes grandisse leur solidarité. Rien n’empêche de penser, qu’à partir de là, et surtout s’ils sont demain l’objet d’une même menace, l’évolution puisse aboutir à leur confédération. »

Tout est dit !

Deux choses, seulement pour terminer. De Gaulle pensait cette Europe confédérale de l’Atlantique à l’Oural dans l’accompagnement de la réunification allemande.  Plus de 20 ans après la chute du mur de Berlin, s’est constituée une Europe qui est à l’opposé  du grand dessin gaullien. Une Europe qui avec la guerre en Bosnie Herzégovine prend le tournant idéologique du multiculturalisme et du communautarisme, de la défense de Sarajevo. C’est l’intervention de l’OTAN en 1995.

Cette Europe n’est pas celle dont nous parlait le Général de Gaulle dans les mémoires d’Espoir, celle sans doute principalement de race blanche et surtout de même origine chrétienne et de même manière de vivre.  Mais c’est peut-être là la même menace à laquelle l’ensemble des peuples européens est aujourd’hui soumise. La perte de son homogénéité en tant que peuple, la dissolution de ses valeurs spirituelles, la destruction de ses racines culturelles ! C’est alors de cette menace, réellement prise en compte que pourra naître, demain, cette confédération européenne que nous appelons aujourd’hui de nos vœux, de l’Atlantique à l’Oural.

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