Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 00:32

 

Je suis un lecteur assidu de l’hebdomadaire « Valeurs Actuelles », c’est à mon avis le magazine qui défend, expose et propage le mieux et le plus à propos mes convictions politiques et sociétales.

J’apprécie particulièrement la rubrique  « vu de ma fenêtre «  de Denis Tillinac. Cette semaine je partage avec  lui, son profond regret de la disparition du service militaire obligatoire, ce brassage irremplaçable  des français de toutes conditions sociales et culturelles.

Je partage aussi avec lui sa défense de Ménard, car au travers de lui il défend une certaine  liberté de pensée et d’expression, propre au génie français,  qui est peu à peu gommé par les diatribes permanentes des ayatollahs, de tout bords,   du politiquement correcte.

Bonne lecture .

 

BB..................................

 

 Loin du Peuple

                   

Parmi les propositions émises par Villepin dans l’avant-programme de sa précampagne, figure un “service civique obligatoire”. L’idée avait circulé autour de Chirac lorsqu’en 1996, il décida de suspendre la conscription. Il y renonça, à cause du coût. Elle mérite d’être explorée, en ces temps où la déshérence de la jeunesse s’invite dans le débat public.

 

Pendant longtemps, le service militaire fut un facteur d’homogénéisation et de brassage social. C’était déjà moins vrai à l’époque où l’on m’assigna à résidence sur une base, muni d’un paquetage (lourd) et affublé d’un uniforme (peu seyant) : la plupart des fils de bourgeois se faisaient réformer, ou bien ils passaient par les EOR, ce qui les soustrayait à la vie de caserne. Ayant satisfait à mes obligations militaires au grade de deuxième classe, je puis témoigner que la fréquentation des chambrées et des popotes avait du bon. On s’y frottait à des gars de milieux différents, on découvrait l’autre dans sa crudité. Il y avait pêle-mêle des prolos urbains, des paysans, de purs analphabètes, des repris de justice. On fraternisait en faisant le mur pour aller vider des canettes et courir la gueuse dans les bistrots. On pactisait aussi avec les jeunes “sous-offs”, pleins de bienveillance pour les glandeurs que nous étions.

 

Sur le plan militaire, nous ne servions à rien ; c’est pourquoi il fallait professionnaliser l’armée française. Dont acte. Reste, depuis lors, un déficit de mixité – sociale, géographique, culturelle et autre – qu’un service civique comblerait opportunément. À condition qu’il soit le lot commun. Humanitaire à l’étranger, pédagogique dans les “cités”, écologique dans nos terroirs, il devrait être assorti d’une instruction de base sur notre histoire, nos institutions, notre droit, les rouages essentiels de notre administration. Peut-être intégrerait-on plus facilement des jeunes qui ne savent pas à quoi, avec quoi et avec qui la France rime. Peut-être la confrontation “live” d’un beur de Sevran et d’un intello du Quartier latin ouvrirait les yeux respectifs sur des réalités que chacun des deux ignore. L’énarque côtoierait de près le rappeur antillais, l’apprenti sociologue découvrirait le banquier en herbe ; peut-être en résulterait-il, ici et là, quelque chose qui ressemblerait à de la fraternité. Peut-être, dans la meilleure hypothèse, quelque chose qui aurait à voir avec le sentiment patriotique.

 

Après Zemmour, Ménard. Les médias de gauche ont diabolisé l’un, avec la complicité d’associations très partisanes et de magistrats pas très avisés. Ils répudient l’autre, également coupable d’avoir enfreint l’ordre moral implicite. Enfin, le leur. Je connais bien Robert Ménard, qui fut gauchiste dans ses tendres années et en gardait certains réflexes lorsqu’il fonda Reporters sans frontières. C’est un homme probe et sincère, que toute injustice met hors de ses gonds. Il habita longtemps à Montpellier et quand on vit en province, on perçoit mal les afféteries du parisianisme, on prend pour argent comptant ce qu’on lit, ce qu’on entend à la radio. On gobe la doxa, autrement dit ce mixte d’idées reçues et de fantasmes inavoués qui se baladent dans l’air du temps.

 

Ménard est monté à Paris, armé de sa candeur, pour animer une revue spécialisée dans l’analyse des médias. Ça l’a déniaisé. Il a évolué. Il a découvert à la longue les dessous pas clairs des discours officiels sur les sujets tabous. L’immigration, par exemple. Ou la démonologie sommaire (réacs contre progressistes) appliquée au cas Sarkozy (l’anti-Christ) ou au cas Le Pen (la fille). En gros, il a vu les coulisses du parisianisme et ça l’a indisposé. Il a réagi à proportion de son honnêteté intellectuelle, sans mégoter, sans calculer, et le voilà banni par ses anciens copains. Pire que banni : méprisé, comme en témoigne l’éditorial que le Nouvel Obs lui a consacré.

Ce mépris de caste, il faut le combattre ; il empoisonne le débat public en néantisant l’autre selon les pires procédés de la pensée totalitaire. L’amalgame, entre autres : l’éditorial en question traite carrément Ménard de « maurrassien ». Le même hebdomadaire, dans une autre rubrique, insinue que je fais le jeu de Marine Le Pen, alors que, de toute évidence, les fantasmes médiévaux du “politiquement correct” sont l’arme absolue du Front national.

Il faut défendre Ménard contre une bigoterie qui vise à légitimer par anticipation les censures d’un ordre moral de facture pétainiste. Pas sur les mêmes thèmes, certes, et toutes proportions gardées. Mais avec un état d’esprit voisin. 

 

Denis Tillinac

 

Partager cet article

Repost 0
bernardbeaudet.over-blog.com
commenter cet article

commentaires