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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 18:39

Excellent article signé de Frédéric PONS dans le numéro de cette cettesemaine de l'hebdomadaire "Valeurs Actuelles". La Guerre au Mali qui se poursuit dans le silence des médias et surtout de nos dirigeants ! On se demande si elle existe encore sur le terrain depuis que son effet sur la côte de popularité du "chef des armées" est repartie à la baisse !Sèrieusement, je pense que cette guerre va durer, que les français doivent en être informés, donc que l'assemblée nationale enn debatte.

Ce n'est pas la guerre du chef, c'est un conflit essentiel pour notre sécurité aujourd'hui et dans l'avenir. Pour cela il faut tenir la place jusqu'à l'écrasement totale des troupes ou bandes armées d’Al-Qaïda et des narco-islamistes.

Bonne lecture ...............................................

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Afrique. La France et la communauté internationale doivent regarder la réalité en face. La mission s’inscrit dans la durée, pour ne pas gâcher l’acquis des opérations. Elle exige une stratégie, autant militaire que politique. Où est-elle ?

Patience et détermination ! Pour réussir au Mali, sur les plans militaire et politique, la France n’a guère d’autre choix que de s’installer dans la durée et de fixer une stratégie, ce qui n’est pas encore le cas. C’est la seule façon de ne pas ruiner les efforts accomplis jusque-là.

Contre un ennemi qui utilise tous les moyens à sa portée, il faudra de la patience. Il faudra aussi de la détermination face aux procès d’intention (le “néocolonialisme”) qui accompagnent la moindre action française en Afrique. La “mauvaise conscience de l’homme blanc” affleure en permanence, au risque d’empêcher de bâtir cette nécessaire vision stratégique dont notre pays a besoin sur ce continent. C’est son intérêt, dans cette relation singulière entre la France et l’Afrique, que certains voudraient nier.

Le Mali a besoin de la France pour l’aider à rétablir son État, failli, son armée, désintégrée, et son unité nationale, fracturée par les luttes ethniques et claniques qu’exacerbent les trafiquants de la zone sahélienne (drogues, armes, otages, clandestins). L’intérêt de la France — et de l’Europe — est de stabiliser au plus vite le Mali, pour éviter la contagion islamo-terroriste à l’ensemble du Sahel. Abandonner cette région en ferait la proie immédiate des réseaux qui rêvent autant d’un émirat islamique que d’un sanctuaire pour leurs trafics vers l’Europe.

Les derniers affrontements prouvent que ces forces hostiles gardent de réelles capacités de combat et surtout la volonté de se battre. Malgré les terribles coups portés depuis le 11 janvier par les Français, ces groupes restent dangereux. Surpris et bousculés, ils s’étaient dispersés. Il leur aura fallu un mois pour s’adapter et repartir au combat.

Dans le Nord, les forces françaises et des commandos tchadiens ont entrepris de détruire les poches de résistance d’Al-Qaïda et des narco-islamistes maliens. Les combats ont été meurtriers. La France y a perdu, le 19 février, le sergent-chef Harold Vormezeele (lire aussi page 18). De leur côté, les Tchadiens ont tué 65 ennemis, au prix de 13 morts dans leurs rangs. Dans la zone du fleuve Niger (Gao et Tombouctou), les insurgés mènent un combat terroriste (opérations kamikazes, harcèlement urbain, poses de mine et de piège), en exploitant les “zones lacunaires” du dispositif franco-africain : les limites entre les contingents, les arrières, les axes logistiques.

Cette nouvelle phase de l’opération Serval exige un gros travail de renseignement, le soutien des populations civiles et une capacité de frappe rapide et efficace. La France est pour l’instant la seule sur le terrain à pouvoir assurer ce travail, malgré la remontée en puissance de l’armée malienne, avec l’aide de la mission européenne de formation et le déploiement de la Misma, la force interafricaine de soutien au Mali. Ces renforts ne seront pas réellement opérationnels avant avril ou mai.

Les Maliens tentent de se racheter une conduite, avec les quelques centaines de soldats qui leur restent. Mais leur armée est exsangue, déconsidérée, instable. Aux ordres d’un régime issu d’un putsch et verrouillé par les ethnies noires du Sud, elle traîne une mauvaise réputation. Indésirable au nord du pays, elle se heurte à l’hostilité des Touaregs et des Arabes qui lui ont asséné des coups terribles en 2012, assortis de massacres horribles. La volonté de vengeance des militaires maliens est un problème que l’état-major français et la mission européenne devront gérer. Ce n’est pas gagné.

Tous ces facteurs contraignent la France à devoir rester sur place plus longtemps que prévu, pour poursuivre la destruction des groupes narco-islamistes et sécuriser le Mali, le temps qu’il se relève. Le dispositif pourra être évidemment allégé, le moment venu, à condition de maintenir assez de forces combattantes pour ne pas gaspiller l’acquis de l’opération.

L’intervention française a permis d’éviter le pire, au Mali et au Sahel. Le succès militaire est indéniable, mais l’Élysée a réagi dans l’urgence, sans avoir de stratégie précise. Dans la classe politique, beaucoup souhaitent déjà abréger la mission, pour éviter un “enlisement”. Obsédé par ce “syndrome afghan”, François Hollande semble lui aussi vouloir quitter le Mali au plus vite, au risque de bâcler la phase politique : la reconstruction de l’État et de son armée, le lancement du dialogue entre les frères ennemis maliens, en sachant qu’aucun ne veut faire le premier pas.

Ce chantier politique repose en grande partie sur la bonne volonté des Maliens eux-mêmes. Veulent-ils réellement redresser leur pays, en dépit de tant de compromissions de leurs élites, souvent connectées aux trafics régionaux ? Leur obsession à vouloir organiser des élections est touchante, surréaliste dans le contexte actuel. Malgré la situation catastrophique du pays, le régime a fixé au 7 juillet le premier tour de la présidentielle. Second tour le 21 juillet, avec les législatives. La défaillance totale de l’État et les fractures du territoire peuvent faire de ces scrutins au rabais une mascarade démocratique de plus.

Si l’affaire n’était pas si grave, on pourrait sourire de cette précipitation des Maliens à prouver leur bonne volonté, en agitant ce “gri-gri démocratique” qui plaît tant à la communauté internationale. Ils le font pour obtenir de l’aide. Cette légitimation par les urnes ne fera que pérenniser un système en grande partie responsable de la gabegie ambiante. Issu d’une élection bâclée, le régime resterait le même, aux ordres de militaires imprévisibles, associés à des élites dévaluées.

Cinquante-deux ans après son indépendance, le Mali est aujourd’hui occupé par près de 12 000 soldats étrangers. Une quinzaine de nations africaines et occidentales contrôlent son territoire. Quel bilan ! Les joutes démocratiques annoncées sont-elles vraiment sa priorité ? La France encourage elle aussi ces élections, pour partir au plus vite. Elle risque ainsi d’entretenir la mauvaise gouvernance à Bamako et d’encourager les ennemis à reprendre le combat, tout en favorisant le repli sécessionniste des Touaregs.

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