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Les marchés sont-ils bêtes et méchants ?

   

La dénonciation de la finance est à coup sûr à la mode. Elle donne lieu à de multiples amalgames. Cette diabolisation est détestable. Si les financiers quittent la France, qui financera les entreprises, l'économie ? De même, si l'on fait fuir les riches, qui créera des PME, les nombreuses entreprises de taille intermédiaire que François Hollande appelle de ses vœux ? Tout cela est affligeant.

Copyright Reuters

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C'est le titre de la couverture de Philosophie Magazine. Un dossier, de qualité, intéressant, argumenté est publié dans cette revue. La forme interrogative et le point d'exclamation étaient superflus car c'est un dossier à charge ; pour les rédacteurs du dossier, il n'y a pas de doute : les marchés sont bêtes et méchants. Quels marchés ? Les marchés financiers. Quels marchés financiers ? Tous. Sans distinction. Le diable n'est plus dans les détails, le diable c'est le "marché financier". C'est quoi le "marché financier" ? Un monstre sans visage, ou plutôt un monde composé de traders vampires sans foi ni loi dont le seul objectif est de mettre le monde à feu et à sang pour pouvoir gagner de l'argent. Pour que les arguments portent, l'amalgame est la règle : les millions de ménages français qui possèdent des PEA, des assurances-vie, et même des livrets A sont le "marché financier", les investisseurs qui financent les entreprises, les investisseurs qui prêtent aux Etats qui se sont trop endettés, tous coupables. Tous sont assimilés aux gérants de fonds spéculatifs et aux utilisateurs du trading à haute fréquence. On ne dénonce pas la spéculation, on dénonce le "marché financier". C'est plus simple.

François Hollande va même plus loin. Il veut faire la guerre au monde de la finance. Pas à la spéculation, même pas au marché financier qui est bête et méchant. Non. A toute la finance. Là encore aucune distinction entre le conseiller en gestion de patrimoine indépendant qui fait son travail de proximité en région et le trader fou d'un "hedge fund" domicilié aux îles Caïmans. Tous dans le même bateau. Ou plutôt tous dans des charters pour Londres qui a compris sa chance d'ailleurs et ouvre à nouveau les bras à tous les talents de la "finance".

Je déteste les amalgames.
Je déteste la diabolisation.
Je déteste la chasse aux sorcières.

Y a-t-il eu des excès sur les marchés financiers ? Bien sûr. Des excès qu'aucun gouvernement de gauche comme de droite n'a cru bon de contrôler. Le trading à haute fréquence est-il une dérive dangereuse du système ? Oui. Il doit être interdit. Les produits ultra-spéculatifs sont-ils à mettre dans toutes les mains ? Non bien sûr. Certains doivent être interdits, d'autres réglementés sévèrement. Mais doit-on condamner la "finance", les "marchés financiers" en général pour quelques moutons noirs ?

La finance est-elle responsable du fait que les gouvernements français successifs ont accumulé 1.700 milliards d'euros de dettes, une dette financée... par le marché !La finance est-elle responsable du fait que la Grèce ait institutionnalisé la corruption et la fraude fiscale ? La finance est-elle responsable de la faillite du modèle social à la française qui repose sur l'endettement de l'Etat ?

Je cite souvent le sketch de Fernand Raynaud. "Moi j'aime pas les étrangers... Ils mangent le pain des Français." L'étranger est parti. Le problème c'est... que c'était le boulanger. François Hollande et les élites politiquement correctes nous jouent une adaptation moderne de ce sketch : "moi j'aime pas les financiers... Ils volent l'argent des Français." Les financiers qui sont encore en France vont partir... Mais qui va financer la dette française ? Qui financera les entreprises ? Qui financera l'économie ?... L'Etat ? En prenant l'argent des riches ?

"Moi j'aime pas les riches... Ils volent l'argent des pauvres." Les riches qui sont encore en France vont partir ou vont se mettre aux RTT, travailler du mardi au jeudi. Mais qui créera des PME ou des entreprises de taille intermédiaire qui sont les seules à créer des emplois ? L'Etat ?... Tout cela est affligeant.

A l'heure où l'Allemagne prône le consensus social, tous les camps politiques en France prônent le clivage. Et la diabolisation. Salauds de patrons, même s'ils ont cinq employés et ne font pas partie du CAC 40, salauds de riches, même si l'on gagne 4.000 euros par mois, salauds de financiers, même quand on ne fait que financer l'économie.

Nous revoilà en 1981, voire en 1789. Il faut dire que le dernier gouvernement a donné une image caricaturale de l'entreprise, de la réussite et de l'argent. Ce n'est donc que justice. Égalité, égalité, égalité. Tout cela rimera avec médiocrité. Dans un monde tiré vers le haut, nous avons choisi de niveler par le bas.

Marc Fiorentino, de Monfinancier.com - 30/01/2012, 10:50  |  

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